ô beaux yeux bruns, Louise Labé. Préparation orale, commentaire et questions possibles

Bac

En quoi ce sonnet constitue-t'il l'aveu d'une passion amoureuse ?

 

Demande de préparation orale 

 

 

ô beaux yeux bruns, Louise Labé 


Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés, 
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues, 
Ô noires nuits vainement attendues, 
Ô jours luisants vainement retournée ! 

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés, 
Ô temps perdu, ô peines dépendues, 
Ô milles morts en mille rets tendues, 
Ô pires maux contre moi destiné ! 

Ô ris, ô front, cheveux bras mains et doigts ! 
Ô luth plaintif, viole, archet et voix ! 
Tant de flambeaux pour ardre une femelle ! 

De toi me plains, que tant de feux portant, 
En tant d'endroits d'iceux mon cœur tâtant, 
N'en ait sur toi volé quelque étincelle. 

Louise Labé (1524-1566) 

 

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Descriptif 

Problématique: En quoi ce sonnet constitue-t'il l'aveux d'une passion amoureuse ? 

I- Une expérience amoureuse ambivalente 

A- Le poète célèbre le corps qu'elle désire 

B- Le jeu de la séduction 

C- Un sentiment non partagé 

II- Le dépit du sentiment amoureux 

A- La plainte du poète et la tonalité élégiaque 

B- La confession d'une victime 

C- Les regrets et amertume du poète 

Conclusion

Ouverture 

Questionnaire dans le respect des axes d'étude 

La fonction de l'écriture poétique 

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Analyse de la poésie 


Problématique
: En quoi ce sonnet constitue-t'il l'aveux d'une passion amoureuse ? 

I- Une expérience amoureuse ambivalente 

A- Le poète célèbre le corps qu'elle désire 


Le poète reprend la technique du blason qui consiste à s'attacher à un détail anatomique du corps d'une personne et à en développer l'éloge. En revanche, contrairement à la tradition, ce blason ne se limite pas qu'à une partie du corps, comme en témoigne le vers 1. La description s'arrête sur celle des « beaux yeux bruns », et au vers 9 sur celle des « front, cheveux bras mains et doigts ». Le blason se mêle à la forme du sonnet. Louise Labé exploite la structure imposée : le blason couvre essentiellement les deux quatrains et se prolonge ensuite sur deux vers qui accélèrent et le clôturent. 
L'apostrophe lyrique « Ô » est répétée en anaphore : il montre l'exaltation de Louise Labé. 
De plus, l'homme aimé est mis en valeur par des adjectifs mélioratifs (« beaux » v.1, « chauds » v.2). Au vers 11, le « flambeau » constitue le résumé des membres du corps qui était auparavant dissocié dans le poème mais ici sont rassemblés en un seul mot. La beauté physique et le feu sont assimilés à l'amour. Tout le poème est donc un portrait élogieux de l'être aimé, qui n'est jamais cité explicitement. Ce choix est probablement dû à la vocation universelle du poème. 
Louise Labé détourne le blason car c’est la voix d’une femme qui s’exprime ici, et qui dit avec audace son désir de l’homme aimé, annoncé dès le 2ème tercet par la personnification « désirs obstinés ». 


B- Le jeu de la séduction 

L'amour n'est pas mentionné explicitement dans le poème mais transparaît dans le portrait élogieux de l'être aimé. En effet, le sonnet commence par l'évocation du regard (vers 1). Est-ce lui qui a déclenché l'amour ? 
La séduction passe par l'évocation de différents sens concernés. Les yeux d’abord, et le regard : elle associe ainsi un élément physique, concret (mis en valeur par l’adjectif mélioratif « beaux » et l’allitération en [b] « beaux yeux bruns ») à un élément fondateur de la relation amoureuse, le regard de l’autre. 
Le toucher, avec « chauds soupirs » (caresse de l’air) : la chaleur évoque la proximité, l’intimité ; le soupir est ambigu, il peut traduire le contentement ou la lassitude. 
La vue : « noires nuits », « jours luisants » 
L’ouïe : « Ô luth plaintif, viole, archet et voix » (champ lexical de l’instrument) 
Le champ lexical du feu ("flambeaux ", "ardre", "feu", "étincelle") symbolise l'amour passionné. 
v.9 : Le poète présente une accumulation de termes désignant les actions du séducteur « ris », « bras », « mains », « doigts », qui, ajoutée au champ lexical de la musique « luth », « viole », « archet », « voix » (v.10) révèle un rapprochement autour de la pratique musicale. Celle-ci représente un intérêt partagé par Louise Labé et l'homme qu'elle aime. 


C- Un sentiment non partagé 

Le blason permet ainsi à la jeune femme de dire son désir et, en même temps, la douleur de ne pas voir ce désir satisfait et l’amour réciproque. 
Dans la strophe 1, le rythme en 4/6 (v.1 : « Ô beaux yeux bruns, / ô regards détournés ») annonce des éléments positifs issus du jeu amoureux dans la première partie du vers, pour mieux les opposer dans la deuxième cadence aux déconvenues subies par le poète. Ces deux phases constituent des antithèses. 
La répétition de l'adverbe "vainement" aux vers 3 et 4, mise en valeur par répétition à l'hémistiche et "temps perdu" vers 6 montrent que l'amour n'est pas réciproque 
L'attente est constante et dure depuis longtemps, comme le souligne l'emploi des termes "nuits" et "jours" (v.3-4). 
Le chiasme : "noires nuits" / "jours luisants" (inversion sujet / adjectif) met en valeur l'effort et l'attente sans espoir du poète. 
Les termes "quelque étincelle" vers 14 reflète une notion de petitesse et, associée au singulier souligne idée que l'homme n'a aucun sentiment envers la narratrice. 

II- Le dépit du sentiment amoureux 


A- La plainte du poète et la tonalité élégiaque 


Dans la strophe 2, on note un jeu sur les sonorités des allitérations en t, d et p, qui insistent sur la dureté, la sécheresse causées par le dépit amoureux. 
v.7 : les hyperboles « mille » répétée à deux reprises, « pires », « vainement » et les allitérations en [m] et [r] sont au service du sentiment de mort. 
v.5 : la personnification « désirs obstinés » montre une sensation de dépossession. 
La strophe 2 revêt un caractère élégiaque, car constituée de groupes nominaux mettant en relief les différents moments de souffrance traversés par Louis Labé. 
L'anaphore du « Ô » lyrique (répété 14 fois dans le sonnet) traduit le sentiment de désespoir et insiste dessus. Il est mis en valeur par sa position en début de vers et à l'hémistiche. 
v. 8 : « maux » exprime explicitement la souffrance de la poétesse. Ce terme est mis en valeur car il est placé au dernier vers du deuxième quatrain. 
v.10 : « luth plaintif » exprime la plainte et le désespoir. La musicalité présente aux vers 9-10 est provoquée par la construction basée sur un parallélisme. Le poème prend une dimension musicale, caractéristique du lyrisme. Ce registre est aussi appuyé par les nombreuses exclamations (v.4, 8, 9, 10, 11), qui servent à insister sur l'expression des sentiments. 
v.5 : « Tristes plaints » exprime un fort désespoir. 

B- La confession d'une victime 


v.7 : la notion de piège est clairement signifiée et est mise en relation avec les artifices déployés par le séducteur. Ce constat est justifié à la strophe 3, avec la formule « pour ardre une femelle » (v.11). Le mot « ardre » qui garde la force perdue dans les mots « ardeur », « ardent », rend plus poignant le mot « femelle » qui signifie ici « pauvre femme » (et qui en outre accentue la sensualité par la dimension animale du terme). 
v.3 et 4 : l'anaphore de l'adverbe « vainement » révèle aussi un sentiment de trahison. 
La frustration et la douleur apparaissent d’emblée, au cœur même du blason : « ô regards détournés », « ô larmes épandues ». Le registre pathétique est convoqué dès la 1ère strophe. Dès lors, le premier hémistiche semble à la fois louer la beauté de l’amant et être un appel à un regard, à la compassion de ce dernier. 
Les termes négatifs s’accentuent dès le vers 3 : « noires », « vainement », puis dans le quatrain suivant : champ lexical de la tristesse et de la douleur (« tristes », « plaints », « peines », « maux »). 
Dans tout le poème, on retrouve une description de la douleur : 
- Champ lexical de la tristesse et de la plainte : « soupirs », « larmes », « tristes plaints », « peines », « plaintif », « me plains » 
- Champ lexical de la douleur et de la mort : « noires », « morts », « rets », « maux ». 
La poétesse se place en victime au vers 8 puisqu’elle est la cible des « pires maux « (« contre moi » est mis en évidence par inversion). L’allitération en [m] (« mille », « morts », « maux », « moi ») fait entendre le gémissement de la plainte. 


C- Les regrets et amertume du poète 

v.11 : le poète affiche sa lucidité et se désigne de façon péjorative, à l'aide du terme « femelle ». On relève une auto dépréciation et une critique implicite de l'inconstance du séducteur. 
v.12 : l'antéposition du pronom personnel complément (« De toi me plains ») désigne le coupable. C'est la première fois qu'il est désigné explicitement dans le poème avec le pronom personnel « toi ». 
La métaphore filée du feu présente au vers 11 : « feu de la séduction » est connotée à la souffrance ressentie. Elle est cependant minimisée au vers 14 car elle devient « étincelle ». Serait-ce le sentiment du feu qui perdure chez le poète ou une allusion ironique ? 


Ccl : Ce sonnet est une élégie : il exprime une plainte amoureuse de façon lyrique. 
Le sonnet pétrarquiste (= qui imite le genre poétique de Pétrarque - le thème principal du poète est la passion pour une femme, exacerbée par l'absence ou le refus de l'aimée) s’adresse à l’être aimé. Est-ce une tentative de dialogue ? Se parle-t-elle à elle-même ? La série des exclamations, la véhémence de l’apostrophe, le tutoiement montrent la force du désir, font sentir l’émotion de celle qui prend la parole. 
L’amour est ici un appel qui reste sans réponse : l’amoureuse est réduite à la solitude. Elle se sent seule en présence même de l’être aimé. Regardant, contemplant l’être qui l’attire, elle voit son indifférence, qui le rend peut-être encore plus attirant. 
Louise Labé revisite cette fois la forme du blason : c’est une femme qui ose dire son désir sensuel et sa souffrance, qu’elle adresse directement à celui qui la provoque. Mais, encore une fois, elle trouve sans doute dans le chant et la parole poétique, dans une création qu’elle maîtrise parfaitement, un lieu de sublimation de sa souffrance. 
Dans son poème La Courbe de tes yeux, Paul Éluard exploite le genre du blason pour célébrer la femme qu'il aime. Celle-ci est présentée comme l'origine divine de toute chose. À partir de son regard, c'est tout un monde qui apparaît. Cette image sacrée de la femme est représentative du mouvement surréaliste auquel Éluard a appartenu dans la première moitié du XXème siècle. 

Oral : quelques questions sur le passage 

I - 
A - 
A quoi la beauté physique et le feu sont-ils assimilés ? 
L'être aimé est-il nommé ? 
Louise Labé détourne t'-elle le blason ? Expliquez 
le blason est un court poème célébrant une partie du corps féminin 
B - 
Le jeu de la séduction 
Comment le thème de l'amour est-il abordé ? 
Comment la séduction se traduit-elle ? 
Relevez une allitération 
Relevez les termes et expressions évocateurs des différents sens 
Relevez le champ lexical du feu 
Relevez le champ lexical de la musique 
C - 
Un sentiment non partagé 
Quelle est la finalité du blason ? 
La douleur est-elle manifeste ? 
Relevez les expressions relatives au jeu amoureux 
A quoi ces expressions et termes s'opposent-ils ensuite ? 
Comment l'amour non réciproque est-il mis en avant ? 
Relevez un chiasme 



II- Le dépit du sentiment amoureux 

•A- La plainte du poète et la tonalité élégiaque 
•Etudier le jeu sur les sonorités de la strophe 2. Relevez les allitérations en "t" et "d", "p" et analysez les 
•Quelle fonction les allitérations en "m" et "r" remplissent-elles? 
•Relevez deux ou trois hyperboles du poème et expliquez les 
•Comment la sensation de dépossession est-elle restituée? 
•Peut-on dire que la strophe 2 soit élégiaque? Expiquez en citant 
•Combien de fois l'anaphore "ô" est-elle répétée dans le sonnet? Qu'est-ce que cela traduit? 
•Relevez le terme qui exprime explicitement la souffrance du vers 8 
•Analysez la musicalité du vers 10 
•Analysez la ponctuation : que pouvez-vous en dire? 
•B- La confession d'une victime 
•Comment la notion de piège transparaît-elle dans le poème? A quoi est-elle liée? Relevez les justificatifs dans le poème. 
•Que traduit le mot "femelle"? 
•Comment la trahison se manifeste t'-elle? A quels vers? 
•Peut-on affirmer de la frustration et de la douleur qu'elles apparaissent au coeur même du blason? Citez pour justifier votre réponse 
•Où trouve t'on le registre pathétique dans le sonnet? 
•Analysez le premier hémistiche 
•Relevez le champ lexical de la tristesse et de la douleur 
•Relevez le champ lexical de la mort 
•Comment la poétesse se perçoit-elle? 
•Relevez l'allitération en "m" qui souligne sa plainte 
•C- Les regrets et amertume du poète 
•Quel est l'état d'esprit du poète? 
•Se désigne t'-elle de manière péjorative? Comment? Citez pour justifier votre réponse 
•Comment le coupable est-il désigné au vers 12? 
•Est-ce la première fois qu'il est désigné? 

Louise labé 

Conclusion 
Ce sonnet est une élégie : il exprime une plainte amoureuse de façon lyrique. 

Synthèse de la conclusion : dire l'essentiel 

- sonnet pétrarquiste 

-le thème est la passion non partagée 

-Louise Labé revisite la forme du blason 


- fonction de l'écriture poétique = expression de la souffrance et sublimation = fonction cathartique de l'écriture = libérer les maux par les mots. 

Ouverture : 
Dans son poème La Courbe de tes yeux, Paul Éluard exploite le genre du blason pour célébrer la femme qu'il aime. Celle-ci est présentée comme l'origine divine de toute chose. À partir de son regard, c'est tout un monde qui apparaît. Cette image sacrée de la femme est représentative du mouvement surréaliste auquel Éluard a appartenu dans la première moitié du XXème siècle.

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